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28/05/2011

LA POLITIQUE, TELLE QU'ELLE MEURT DE NE PAS ETRE

Tel est le titre d’un des livres que je viens de lire. Je ne lis pas souvent de livres politiques, car ils sont écrits souvent à sens unique : gauche-droite, droit-gauche, scandale par ci, scandale par là.

Ici l’interview de ces deux « anciens » Premiers Ministres » est mené par Bernard Guetta, l’un des seuls éditorialistes de la radio France Inter que je puisse supporter, avec Ivan Levaï.

Les réponses aux questions posées par l’interviewer montrent finalement peu de différences entre ces deux hommes politiques, ce qui est souligné plusieurs fois dans le livre par les uns et les autres.

On y retrouve un Michel Rocard plus bavard que Alain Jupé, mais cette constatation n’étonnera personne.

Ci-dessous, quelques extraits (choisis ?) de ce livre on l’on s’apercevra que la vie politique n’est pas uniquement toute bleue ou toute rose, lorsque l’intelligence et le respect de l’autre s’en mêlent, en excluant la démagogie qui ruine notre société française.
Jupé page 15 , sur le Gaullisme :


« … Il est facile d'exagérer mais bien plus difficile de dégager une voie moyenne, de trouver les compromis nécessaires, d'organiser et bâtir ce qu'on appelle, avec tant de condescendance, «le marais». Et puis, enfin, de Gaulle. J'ai treize ou quatorze ans lorsqu'il apparaît dans mon radar. C'est la guerre d'Algérie. Je m'y intéresse beaucoup car mon frère a été appelé et que ma mère se consume d'angoisse dans l'attente de lettres qui n'arrivent pas. J'écoute souvent la radio et, d'un coup, apparaît de Gaulle qui va immédiatement incarner deux choses à mes yeux.

Il est celui qui rompt avec un régime qui me semblait à l'époque incapable de gouverner la France. En fait, j'avais tort. Maintenant que je comprends mieux l'histoire de la IVe République, j'ai révisé mon jugement. Je reconnais à ce régime le mérite d'une œuvre de modernisation économique qu'il a su conduire malgré son instabilité ministérielle mais, sur le coup, de Gaulle m'apparaît non seulement comme l'homme qui rétablit l'autorité de l'État et va régler le conflit algérien mais comme porteur aussi d'une ambition de grandeur et de puissance pour la France qu'il aura été le dernier à défendre avec autant de force. Ce sont mes premières impressions et, très vite, je serai tout aussi sensible à une autre dimension du gaullisme, à ce qu'on appelle le gaullisme social… »

 

Rocard page 33, sur la social-démocratie :

« …L'économie de marché ne fait pas partie de notre définition mais elle nous sert à augmenter la richesse pour la partager. Notre définition, c'est que nous la voulons régulée, régulée dans de multiples sens mais au profit des plus démunis et en freinant l'enrichissement des plus riches par la redistribution. La social-démocratie a compris, contrairement au communisme, qu'il fallait bien des investissements, que c'est le capital et ses détenteurs, les riches, qui font tourner la machine et qu'il n'est pas question de tout casser, notamment pas le marché. Premièrement, donc, le compromis et, deuxièmement, l'analyse sociale selon laquelle un marché non régulé est instable… »

 

Rocard pages 33-34, sur les dissidents socialistes :

« …et c'est ce qui me fait doucement rigoler quand je vois les efforts conjoints de Cohn-Bendit et de quelques-uns de nos dissidents socialistes pour essayer de créer, ensemble, un nouveau parti. On ne connaît pas de parti qui gouverne sérieusement s'il n'a pas au moins trente ans d'âge. Jouer à des choses comme ça dans un seul pays, sans racines et sans relais international, me paraît désuet et plutôt folingue… »



Jupé et Rocard page 36, sur Mai 68 :

« …AJ. : À ce moment-là, la droite est, intellectuellement, au 36e dessous. Elle n'est pas dominante à l'Université et donc guère en situation d'être arrogante. Ce qui domine, c'est la pensée de gauche. Je ne supportais pas l'idée qu'il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. La deuxième chose qui m'a orienté dans mes choix politiques, c'est 1968. Je n'ai pas été heureux en 1968. J'ai longtemps hésité à le dire parce que c'est presque inavouable mais, ça y est, j'ai surmonté mes complexes et je le dis : non, je n'ai pas été heureux en 1968.

M.R. : On est deux !

AJ. : Je ne savais pas tout ce qu'on sait aujourd'hui sur la Révolution culturelle, mais enfin... La référence à Mao, pour moi, tout ça, ça ne passait pas… »

 

Rocard pages 44-45, sur la Gauche française :

« …Je vais vous le dire comme je le pense. Il y a une terrifiante imbécillité de la gauche française, d'une partie d'entre elle du moins, un conformisme des dogmes et des droits acquis, un refus, au fond, du compromis. C'est la gauche française qui avait quand même lancé cette bizarre offensive internationale visant à faire une distinction théorique et organisationnelle entre socialisme et social-démocratie. C'était complètement idiot. Le parti fondateur, c'est le Parti social-démocrate allemand, le SPD, créé en 1862. Le voisin autrichien, l'année d'après, s'appelle également social-démocrate et les Scandinaves, quand ils ne s'appellent pas Parti du travail, ils s'appellent aussi sociaux-démocrates.

C'est la même substance mais nous avons, en France, une terrible dérive langagière qui explique que lorsqu'un prince venu d'ailleurs, François Mitterrand, un prince venu de la droite, prend le contrôle du Parti socialiste deux jours après y avoir adhéré et qu'il lui faut une légitimité, il casse délibérément le long travail de restructuration mendé-sienne, de restructuration réformiste si vous voulez, alors que les autres partis de l'Internationale avaient abandonné depuis longtemps le mot et l'idée même de révolution… »

 

Jupé page 55, sur les Roms :

« …Leur intégration ne va pas de soi. Il y a eu une erreur de la part du gouvernement à trop stigmatiser cette population. La circulaire de l'Intérieur, première version signée par Brice Hortefeux ou son directeur de cabinet, je n'en sais rien, a été une bourde, mais il y a eu face à cela une hyper-réaction frisant le délire.

Quand on est commissaire à Bruxelles, on ferait bien de demander pourquoi les Roms sont traités comme ils le sont en Roumanie ou dans leurs autres pays d'origine. La règle européenne est, aussi, de respecter les minorités nationales. Quand leurs pays d'origine laissent vivre les Roms dans des bidonvilles, sans emplois et victimes d'une discrimination absolument évidente, on devrait s'interroger et ne pas simplement stigmatiser la France qui ne crée pas le problème mais en hérite. Là, je me sens en défense de l'honneur national et quand j'entends parler d'une tache sur le drapeau tricolore... Non ! Faut pas pousser le bouchon trop loin… »

 

Jupé et Rocard page 82, sur le Président de la République :

« …Je pense qu'il s'expose trop. Je le lui ai dit. C'est en cela que j'ai souhaité un changement de méthode mais, pour revenir à l'homme, je le connais depuis très longtemps. Je connais ses qualités et ses défauts comme il connaît les miens. Nous avons forgé des liens d'amitié... qui n'excluent pas la vigilance, une vigilance nécessaire car dans le tête-à-tête son pouvoir de séduction est redoutable. Je crois vous avoir répondu mais, quoi qu'il en soit, la sarkophobie ambiante se discrédite par ses propres excès. Au moment du bilan, il aura des choses à dire !

B.G. : Et vous, Michel Rocard, quel bilan tirez-vous des premières années sarkozystes ?

M.R. : Ce n'est pas commode...

A.J. : C'est, quand même, plus facile pour vous que pour moi !

M.R. : Non, car je n'ai pas les simplifications de la haine dans mes outils de travail... J'ai envie, moi, de parler d'un grand gâchis... Pour vous répondre de manière aussi personnelle que vous nous interrogez, j'ai voté Ségolène Royal avec, au cœur, la terreur qu'elle gagne car j'ai tendance à l'instant du vote à m'inscrire dans la petite élite, celle des salauds, des cassandres, des fous … »

 

Jupé et Rocard pages 83-85, sur le Président de la république, encore :

« …D'où ma terreur et un aveu que je dois : j'ai vécu le G20 en me disant : « Grand Dieu, si c'était Ségolène qui conduisait les affaires de la France !... » et vous me permettrez, je pense, de ne pas terminer la phrase. J'avais pourtant voté pour elle pour deux raisons. La première est que je connaissais personnellement M. Sarkozy et que ses antécédents politiques ne me laissaient pas aisément pronostiquer ses réactions à une crise mondiale que j'avais annoncée, dès 2007, dans Le Nouvel Observateur. La seconde est que je voulais rester fidèle à mon camp, la social-démocratie, afin de mériter le droit de continuer à lui parler en en étant entendu parce qu'il y aurait d'autres étapes.

C'est une affaire de confiance collective. Ma femme a voté Sarkozy, moi pas, mais j'ai été séduit par un culot réformateur parce que la France est un pays très difficile, sans dialogue social, pas du tout impossible mais difficile à réformer, et que j'ai vécu sous Mitterrand dont je suis, après tout, l'une des créatures. Mes victoires électorales, municipales et législatives, se sont inscrites dans sa trajectoire. J'aurais également été élu, en 1981, si j'avais été le candidat mais, comme c'est lui qui l'a été, c'est à lui qu'on doit les enthousiasmes, les confiances, la légitimité. Je suis un enfant de Mitterrand, d'un homme d'une immense culture juridique et historique mais qui n'avait tout simplement pas le début du commencement des moyens de comprendre comment réformer des choses lourdes. L'antagonisme est là...

B.G. : L'antagonisme entre qui et qui ?

M.R. : Entre Mitterrand et moi. Je suis en train de vous dire ce que c'est que ma découverte d'un vrai réformateur. J'étais en train de vous expliquer en quoi Mitterrand, finalement, ne l'était pas et Alain me pardonnera d'ajouter que Chirac ne l'était pas beaucoup plus. Le bilan de Chirac est honnête en politique étrangère. En audace réformatrice interne...

A.J. : ... Ça se discute.

M.R. : Ça se discute mais, enfin, nous avions pris du retard sur un certain nombre de problèmes et j'avoue que, moi, Sarkozy m'a séduit par son culot.

B.G. : II vous a séduit quand ? Au moment de sa campagne ou de la crise ?

M.R. : De la crise.

B.G. : Et pas au moment de la campagne ?

M.R. : Non. De bons éléments de communication vous font raconter n'importe quoi. Souvenons-nous de la fracture sociale... C'est face à la crise que son audace me séduit.

AJ. : C'est un point commun.

M.R. : C'est tout à fait majeur... Là, quand même, il a réagi en grand bonhomme car cette crise, ce n'était pas seulement un épisode que chacun pouvait déplorer. C'était le logiciel du capitalisme des pays développés qui rendait l'âme et qu'est-ce que cet avocat, si peu frotté d'économie réelle, pouvait y comprendre ? Il pouvait, comme chacun, s'alarmer du chômage et s'inquiéter des conséquences de la chute de Lehman Brothers mais comprendre que c'était tout un système d'organisation financière qui s'effondrait ?

Il n'était pas évident qu'il le fasse. Ce n'était pas donné à tous. Ça lui était d'autant moins donné que toute son ascension politique s'était faite dans la mise en cause du colbertisme et de l'État, dans la montée en puissance des théories de Milton Frîedman, celles-là mêmes qui nous avaient menés à la catastrophe, et que ce que Nicolas Sarkozy avait appris d'économie, il le tenait d'Alain Madelin, de l'avocat français de ces théories. Or il n'a mis que quinze jours à peine non seulement à comprendre que les paradigmes qu'on lui avait mis en tête étaient morts, que l'on était parti pour autre chose, mais à le dire aussi.

J'en ai été stupéfait et, quand la crise bancaire explose, le langage du président Sarkozy est plus concrètement et précisément adapté à l'ampleur du phénomène que ne l'est, alors, tout le patois de la direction de mon propre parti. J'ai pris ça comme un signe et j'ai également estimé que Sarkozy tapait fort et assez juste sur la question de l'amélioration de notre organisation territoriale et la décentralisation. Je ne suis pas certain que les paris finaux soient les bons… »

 

Jupé et Rocard pages 97-99, sur les 35 heures :

« …M.R. : Oui, mais n'oubliez pas qu'ils étaient repartis plus vite aux États-Unis, grâce au « Je paie mes salariés pour qu'ils m'achètent mes voitures » d'Henry Ford et du New Deal.

B.G. : Dès lors qu'on en est à 1 500 heures et que cette réduction de la durée du travail a permis de passer de Dickens à des sociétés nettement moins invivables, pourquoi faudrait-il continuer ? Et jusqu'où ?

M.R. : Ce n'est pas seulement la réduction du temps de travail qui nous a tirés de Dickens. C'est aussi l'affectation d'une partie des bénéfices à la protection sociale mais laissez-moi poursuivre. En 1930, dans un texte intitulé L'Economie politique de nos petits-enfants, le jeune Keynes écrit que, l'un dans l'autre, la crise de 1929 sera surmontée mais que l'augmentation absolument constante de la productivité du travail fait qu'« Avant la fin du siècle, il suffira de trois heures par jour ou de quinze heures par semaine de travail salarié productif pour que l'humanité subvienne à ses besoins », et il ajoute : « Quand j'observe ce que les gens fortunés de notre temps font de leur argent, je me demande s'il n'y a pas lieu de redouter une dépression nerveuse universelle. »

La fin du siècle, c'était il y a dix ans et la somme du chômage et du travail précaire, c'est la différence d'adaptation sociale entre le pronostic de Keynes sur les effets de l'augmentation de la productivité et la réalité économique et sociale que nous vivons.

B.G. : Et vous prôneriez donc les quinze heures par semaine que prônait Keynes en 1930 ?

M.R. : Je ne dirais pas ça. Je dirais, en revanche, que toute attitude consistant à essayer de provoquer une croissance de la masse de travail qui ne profiterait pas à ceux qui n'ont pas d'emploi et ne ferait qu'apporter des heures supplémentaires à ceux qui en ont un est une espèce de crime social. Le problème est là. On ne peut pas l'ignorer. Il est incontournable mais on en vient, là, à l'épisode français, un épisode malheureux...

B.G. : ... Avant que vous ne l'abordiez, Alain Juppé souhaite, peut-être, réagir ?

A.J. : Je laisse Michel aller au bout de son raisonnement.

M.R. : J'étais à la table du Conseil des ministres quand Mitterrand a décidé qu'on ferait 39 heures payées 40 et j'ai vu le malheur sur la tête de Jacques Delors. Nous avions 2 millions de chômeurs à l'époque. La question d'un partage un peu différent du travail se posait évidemment mais nous, nous savions aussi qu'on ne pouvait pas surcharger les entreprises. Nous avions, donc, fait passer beaucoup de messages à nos copains syndicalistes pour leur dire que le chômage demandait qu'on mette de la dépression sur le temps de travail mais qu'on ne pouvait pas le faire à salaire totalement conservé. La CGT ne voulait pas en entendre parler. La CFDT en revanche y était prête. Il y avait plusieurs centaines de réseaux de syndicalistes qui commençaient à expliquer qu'il fallait entrer dans cette négociation, que c'était indispensable, que la réduction du temps de travail était un combat de toujours du mouvement ouvrier et que tout le monde avait besoin de temps pour surveiller les mômes à la sortie de l'école, leur faire faire leurs devoirs et s'occuper des problèmes familiaux. Le patronat n'était pas en désaccord. Il voulait seulement s'assurer que ce ne serait pas à salaire constant et, économiquement parlant, il avait raison. Bref, une sauce prenait et la décision de Mitterrand a tout fichu en l'air.

Ça, c'est la première catastrophe et la seconde, c'est la loi sur les 35 heures qui fait suite à tout un débat que j'avais fini par perdre, au sein de la gauche. Initialement, c'est la CGT qui a avancé cette idée d'abaisser la durée légale à 35 heures, lorsqu'elle s'était rendu compte que nous étions un peu au-dessus de la moyenne de nos partenaires européens. C'était absurde car, si l'objectif est le plein emploi — et il s'agit bien de cela - comment peut-on penser que l'augmentation de la productivité s'arrêtera et que bientôt, 35 heures ou pas, le chômage ne repartira pas à la hausse ? … »

 

Jupé page 130, sur l’évolution des mœurs :

« …Je continue à penser qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère. Je dis souvent à ma femme que je suis sans doute un vieux schnock, ce qu'elle pense d'ailleurs, pas en général mais sur ce point...

B.G. : ... Parce que votre femme, elle, admet l'homoparentalité ?

AJ. : Totalement, comme mes enfants auxquels elle ne pose aucun problème. C'est pour cela que je disais que cela viendra, par la force des choses, mais pour moi, non, ça ne passe pas et, lorsqu'on me dit qu'il vaut mieux qu'un enfant soit élevé par deux femmes, ou deux hommes, plutôt que de rester dans un orphelinat, je réponds qu'il y a des tas de familles hétérosexuelles qui veulent adopter des enfants et n'y arrivent pas. Peut-être est-ce une position très conservatrice mais je me demande ce que sera, dans dix ans ou quinze ans, une société dans laquelle une fraction assez significative d'enfants aura grandi avec deux mamans ou deux papas. Je me demande même si nous ne sommes pas des mutants. Je suis perplexe car, voyez-vous, même si je suis assez déchristianisé, il me reste un fond de culture chrétienne.

Évolution des mœurs ou pas, je n'encaisse pas ça et, parce que la vie est une chose sacrée, je n'encaisse pas non plus l'euthanasie. Je considère comme un progrès formidable que les femmes puissent décider d'avoir ou de ne pas avoir un enfant… »

 

Jupé page 162, sur la fiscalité :

« …je ne pense pas qu'on puisse ni doive éviter de bouger sur la fiscalité. Il faut y réfléchir. Il y a des tas de pistes. Je suis ouvert à toutes les idées et l'une de celles que je trouve bienvenues serait de moduler l'impôt sur les sociétés en fonction de ce qu'elles font de leur bénéfice. Si elles le réinvestissent, on pourrait le taxer moins que si elles le distribuent. En ce qui concerne l'impôt sur le revenu, je ne serais pas du tout chagriné qu'on instaure une tranche de 50 % sur les hauts revenus, à condition que cela ne frappe pas les classes moyennes supérieures mais vraiment les hauts revenus. Sur la même lancée, il y aurait une réflexion à avoir sur l'impôt sur la fortune et je constate, aujourd'hui, que de plus en plus de gens le pensent et le disent. J'ai déjà proposé qu'on exonère la résidence principale et peut-être faudrait-il aller plus loin. Manuel Valls, un ami de Michel Rocard, un socialiste, propose de s'engager vers la pure et simple suppression de l'ISP... »

 

Jupé et Rocard page 178, sur la politique à long terme :

 

« …B.G. : Peut-être, sans doute, mais la remise à plat que vous appelez de vos vœux, c'est une décennie, disait Michel Rocard.

AJ. : Une décennie, je ne sais pas mais, oui, c'est un long travail.

B.G. : Cela signifie donc que le prochain président de la République, quel qu'il soit, même l'un de vous, ne pourra pas faire grand-chose en cinq ans.

M.R. : Attention ! Quand vous partez de Brest vers les États-Unis, en bateau, un degré de compas de différence, c'est 120 kilomètres de distance entre les points où vous arrivez à l'autre bout. Autrement dit, une marge extrêmement minime à coût terme change beaucoup de choses sur quelques années. C'est la continuité qui joue. Les gouvernements de la IVe République avaient réussi à mettre en place la TVA parce qu'il y avait une continuité de pensée, une continuité administrative que les gouvernements successifs ont respectée. Nous sommes aujourd'hui dans un affrontement gauche-droite qui respecte beaucoup moins l'héritage intellectuel de l'autre. Il y a une fierté de faire différemment qui a cassé beaucoup de choses… »

 

Jupé et Rocard page 179, sur la fonction publique :

 

« …Je ne dirais pas qu'on ne peut rien faire en cinq ans ou même d'ici 2012. Il faut agir, montrer qu'on s'attaque sérieusement au problème, même s'il est vrai qu'on ne règle pas tout en un mandat.

Je prends un exemple sur lequel j'imagine que Michel Rocard ne sera pas d'accord mais le non-remplacement d'un départ à la retraire sur deux dans la fonction publique, c'est très difficile, très impopulaire, mais il 7 a là un effet boule de neige sur la dépense publique, à court et moyen terme, et ça on peut le faire malgré l'émotion que cela provoque, y compris chez moi.

B.G. : L'homme de gauche est-il d'accord avec cette réduction d'effectifs dans la fonction publique ?

M.R. : Hélas oui ! Temporairement, mais oui car nous n'avons pas une relation assez établie et confiante entre l'administration et le gouvernement pour éviter une loi aussi sommaire, aussi brutale, et qui aboutit parfois, ici et là, à n'importe quoi. Nous n'avons pas créé de relations sociales assez bonnes pour que ce soit fait de manière sélective, examen de poste par examen de poste. Il faut donc bien un peu de brutalité là-dedans… »

 

Rocard page 197, sur la Sécu :

 

« …(Entre 1932 et 1934, dans les années où, devant le succès de l'assurance-maladie obligatoire, héritée de Bismarck en Alsace-Moselle, on a créé les premières assurances maladie obligatoires en France.) Nous sommes toujours dans un fonctionnement médical surdéterminé par le libre choix du patient et son rapport direct avec le médecin et il est, à cet égard, symptomatique qu'il n'y ait aucun enseignement d'économie médicale dans les facs de médecine. Il m'est arrivé de dire à des médecins qu'ils étaient ordonnateurs de deniers publics mais ils ne comprenaient simplement pas cette réalité qu'ils rejetaient avec colère et indignation ! L'inconscience est absolument totale. La planche à billets n'a qu'à tourner et s'ajoute à cela qu'il est à peu près impossible de négocier avec les professions médicales et paramédicales car il y en a plus de 70 et que, jamais, ni l'Ordre ni les syndicats représentant ces professions n'ont prétendu mettre de l'ordre dans tout ça et se mettre en situation de négocier avec l'Etat. J'ai deux ou trois fois réuni la Confédération des syndicats médicaux français. C'est une plaisanterie. Ils viennent à 25, tiennent des discours divergents. C'est infaisable ! La seule chose possible, comme l'a préconisé mon excellent ministre de la Santé, Claude Evin, est de prendre ces professions une par une. Nous avions commencé à Je faire mais il faut ensuite quinze ans de continuité gouvernementale ou, au moins, politique, et cela, ça ne se trouve plus en France…. »

 

Rocard page 203, sur le nucléaire :

« …Si nous avons mis de l'argent du grand emprunt dans la prochaine génération nucléaire, c'est que nous avons besoin d'une énergie dé-carbonée et l'une des clés - grand dieu ! - du retour de la France à la croissance est donc de se réconcilier avec le nucléaire… »

 

Rocard page 241, sur la Chine :

« …Aujourd'hui, le problème majeur est d'organiser la sortie de la crise financière et bancaire en partenariat avec les Chinois. La Chine se civilisera mais il lui faudra cent ans pour y arriver. On ne peut pas attendre qu'elle y parvienne. Il faut traiter avec elle, maintenant, sérieusement, c'est-à-dire sans préalable tibétain car chaque fois qu'on Je pose on lui interdit d'entrer avec nous dans une coopération intelligente sur le contrôle bancaire et le réchauffement climatique. On ne doit pas oublier le Tibet mais nous ne pourrons pas obliger les Chinois à bouger sur ce vrai problème tant qu'ils n'en ressentiront pas, eux-mêmes, la nécessité, alors que nous pouvons faire des progrès avec eux sur les grandes questions de l'équilibre mondial.

Ce ne sera pas facile. Comme Mme Merkel, la Chine sort du communisme et découvre le capitalisme,… »

 

Jupé page 301, sur la décroissance :

« …On ne va certainement pas dire à des gens qui ont éprouvé un tel fléau qu'on ne peut plus construire d'écoles, d'hôpitaux et d'habitations car la croissance est mauvaise pour l'environnement ! Il y a 8 millions de pauvres en France et on ne va pas non plus leur dire : « Fini la croissance ! On ne fait plus de HLM, d'internats d'excellence, etc. » Je suis allergique à cette idée de décroissance et totalement stupéfait quand, à Bordeaux, les Verts s'opposent à la construction d'un nouveau stade de 40 000 places au motif qu'il suscitera, tous les quinze jours, le déplacement de 40 000 personnes. Ça veut dire 
quoi ? Qu'on reste à la maison, devant l'écran de télévision ? Qu'on n'a plus le droit de se déplacer, de voyager ?

On est, là, en pleine caricature. On ne va pas en revenir à la chandelle et à la diligence. L'économie verte est, bien au contraire, un concept de progrès qui se fonde sur la recherche scientifique, sur le progrès technologique, et une nouvelle approche de la croissance. Ce n'est pas à une décroissance de l'économie qu'il faut aspirer mais à une décroissance des gaspillages… »

 

Rocard page 308, sur le nucléaire encore :

 

« …Nous avons réussi, en France, à faire un réacteur expérimental, Phénix, qui a eu tous les ennuis d'un prototype. Ça a été difficile et long mais on y est arrivé. Phénix est un succès grâce auquel on a lancé Super Phénix, un premier réacteur commercial et connecté au réseau, pas du tout publicitaire ni même expérimental, mais commercial et connecté et qui fait ça. Il brûle du déchet nucléaire des autres mais, sous la pression des Verts qui ont fait chanter le gouvernement...

A.J. : ... C'est Jospin qui l'a arrêté !

M.R. : Oui, mais sous la pression des Verts. C'est une faute inouïe car on a même dispersé les équipes. La France a perdu, là, un savoir… »

 

 

 

 

 

Commentaires

Une bonne idée de lire des livres parlant de politique actuelle.
Je viens de lire un livre dont le titre a fait tilt pour moi " Le testament secret de Moïse " .
C'est un texte croisé ( c'est le cas de le dire) d'une action qui se passe au XIIème siècle et dans notre XXIème avec deux membres d'une même famille.J'ai été captivée.L'auteure est Carole Dagher.

Écrit par : sarah | 28/05/2011

Je prendrai le temps de lire ces quelques pages demain!!Ce jour, c'est la "Fête des Mères"!!! Je reçois enfants et petit-enfants!!! Merci d'avoir corrigé la mise en page et je lis mieux les caractères!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 29/05/2011

Bien sûr ! mais rien de nouveau sous le soleil : en 422 Av JC , époque de la décadence Athénienne,
"Les guêpes ", pièce d'Aristophane évoquaient le sujet de la démagogie .
Claude

Écrit par : Mouligné | 30/05/2011

J'ai presque tout relu interrompue par le téléphone...
J'ai lu le livre. En réalité ces deux premiers ministres auraient pu travailler intelligemment ensemble. Deux intelligences politiques se retrouvent pour faire le point.
Un petit côté réglement de compte quand même ; Michel Roccard est en effet le plus prolixe. Ce qui ne dérange pas Alain Juppé homme courtois aux qualités trop méconnues.
A lire sans modération...
Pour ce qui est de france inter, j'ai quitté l'écoute de cette radio à cause d'Ivan Levaï, alors que j'écoute volontiers judaïca une radio locale. Le créneau horaire matinal lorsque mon mari quittait le lit pour aller bosser; aujourd'hui pour écouter les chroniques cinéma le jeudi après midi. Mon fils intervient de temps en temps et c'est cette radio qui lui a permis de couvrir l'évènement cannois.

Écrit par : Charline | 30/05/2011

Est-ce toi qui a lu " Le testament de Moïse " ?

Écrit par : sarah | 31/05/2011

J'ai tout lu avec intérêt! J'ai un faible pour MR depuis toujours, c'est un des seuls à ne pas avoir la langue de bois!Hélas, son verbiage oral est souvent difficile d'accès, mais il a fait des progrès! Juppé aussi d'ailleurs, il semble avoir "mûri"!!Je suis aise de lire un com de Claude!! Merci pour le partage de lectures intéressantes!!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 31/05/2011

comme tu l'évoques, un livre à lire, Alain Juppé et Michel Rocard sont des personnes intelligentes, sérieuses. Il y a environ 1 à 2 mois, j'ai écouté un petit interview avec Michel Rocard, à la télévision.Je l'ai trouvé réfléchi, sensé, calme, sans taper sur le dos de l'opposition comme deux femmes connues! Mais tout de même le monde politique a bien changé depuis Charles de Gaulle. Pendant les mandats de C de Gaulle, il n'était pas question de fric, de sexe, il a voulu élevé la France à un certain niveau, c'était le patriotisme et le civisme!

Écrit par : Campanule | 04/06/2011

Bonne semaine Dom. Bises. Dani

Écrit par : Les Chats du Bocage | 14/06/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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